Les joyaux de la campagne franconienne – 2e partie

Peu importe dans quelle direction on se dirige en quittant Bamberg, que ce soit en vélo, en voiture, en train ou même à pied, on y croisera des brasseries villageoises. De quoi décourager le plus vaillant des collectionneurs. Question d’exposer davantage l’ahurissante richesse brassicole de cette région du nord de la Bavière (et de vous torturer un tantinet), nous vous présentons un autre minuscule coin de ce paradis rempli de brasseurs de grands crus. 
 
Dans le dernier article, nous vous avions fait part de nos coups de coeur tout juste au sud-est de la ville protégée par l’UNESCO. Cette fois-ci, on vise un noyau de bourgades  quelques kilomètres à peine au sud-ouest. Les 14 brasseries nommées dans ce billet se retrouvent sur une boucle routière d’une trentaine de kilomètres. Gare aux cyclistes assoiffés: les distances sont trop courtes et les brasseries de qualité trop nombreuses pour que vous vous en sortiez indemnes…

Le Kreuzberg, entre Hallerndorf et Schnaid

Cette colline au beau milieu de champs de moutarde et de verdure dandinante est couronnée de deux kellers de brasseries artisanales différentes puis d’une brasserie à proprement dit. Il suffit de faire une trentaine de pas pour changer de brasserie et de sélection de bières. Le keller de Brauerei Rittmayer, brasserie du village de Hallerndorf en bas de la côte, sert une Rauchbier maison sublime et une Kellerbier superbement houblonnée. Le keller de Brauerei Lieberth, aussi de Hallerndorf, offre une Kellerbier plus douce, toujours d’un baril de bois sous les marronniers. Finalement, la Brauerei Friedel am Kreuzberg offre une panoplie de produits dans une atmosphère contagieuse rappelant les vastes biergartens de Munich. Jeux pour enfants, menu complet de restaurant et plusieurs bières-maison à la fois, toutes méritant une pinte. Décidément, tout ce qu’il manque sur le Kreuzberg, c’est une grange dans laquelle on pourrait faire une sieste. À bien y penser, il y en avait sûrement une derrière la chapelle…

Brauerei Witzgall, à Schlammersdorf

À prime abord, la Brauerei Witzgall ne respire pas la convivialité autant que la brasserie franconienne moyenne. Son salon est sobre et semble appartenir aux locaux qui se demandent pourquoi un étranger a l’audace de pénétrer ces murs décorés il y a 50 ans. La cour extérieure, derrière le salon, est un étroit amas de tables de pique-nique entourées de clôtures et de fûts non remplis. Ici, on n’essaie même pas de plaire. C’est peut-être un bon signe ? La Vollbier, lager blonde servie au fût, est plaisante et désaltérante, sans prétention.

« Vous avez une autre bière ? », dit le coureur des boires curieux. « Oui. » répond la bonne dame, « mais seulement en bouteille ». « Zwei, bitte » rétorque le coureur d’un accent quasi-passable, sans attentes particulières. Et c’est ainsi, sans artifices, qu’une des meilleures lagers d’Allemagne, la Landbier de Witzgall, nous a été présentée pour la première fois. Des houblons fruités, herbacés et poivrés percent des malts soyeux aux  accents miellés, le tout dans un corps des plus douillets. Une lager au dosage parfait; pas trop intense, mais jamais timide, elle révèle tranquillement, au fil des gorgées et des verres, tout son charme. Tout ça, pour moins d’un euro la pinte. En peu de temps, on décide que les murs défraîchis sont absolument séduisants.

Löwenbräu, à Buttenheim

On ne parle évidemment pas ici de la Löwenbräu distribuée un peu partout sur la planète-bière, appartenant à la géante InBev. La toute petite Löwenbräu du village de Buttenheim, facilement accessible en train à partir de Bamberg, est beaucoup plus coquette. Et ces bières possèdent bien plus de caractère. La Ungespundetes Lagerbier, bière phare de la maison, est la seule lager disponible au fût dans le petit salon de la brasserie. Les habitués y jouant aux cartes ont adopté son houblon frais et herbacé entouré d’angles minéraux, le tout dans une gazéification douce typique aux Ungespundetes (qui sont gazéifiées un peu comme des bières en cask, pour vous donner une idée). Les bières saisonnières du moment, Pilsner, Vollbier Hell, Weissbier, etc., sont seulement disponibles en bouteille. Prix total pour 3 pintes à Buttenheim, une bue sur place et deux pour rapporter à la maison? 3 euros 50. 3… euros… 50… Pourquoi résister?

Si vous disposez de quelques jours supplémentaires dans ce secteur, sachez qu’il y a aussi, dans cette boucle d’une trentaine de kilomètres, la Brauerei Roppelt à Stiebarlimbach et son keller des plus populaires, la Brauerei Kraus à Hirschaid et sa cuisine savoureuse, la Brauerei Friedel à Zentbechhofen et sa sublime Vollbier Hell en bouteille, la Brauerei Fischer à Greuth et sa Rauchbier charnue, la Brauerei Weber à Röbersdorf et sa Rauchbier plus délicate, la Brauerei Schwarzes Kreuz à Eggolsheim et son salon sombre, la Sankt-Georgen Bräu, à Buttenheim, en face de la Löwenbräu, la Brauerei Hennemann à Sambach et sa Lagerbier remarquablement similaire à sa Zwicklbier, et la Brauerei Barnikel, à Herrnsdorf, qui appartient à la même famille depuis le 14e siècle! Nous ne voudrions pas abuser du terme « paradis » dans ce guide de voyage brassicole, mais vous comprendrez que…

Lors de la suite des choses, nous nous enfonçons dans la campagne à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Bamberg, dans une région surnommée la Franconie Suisse, afin de rejoindre une région forestière prisée des vacanciers allemands. Évidemment, il y a « quelques » brasseries artisanales familiales dans ce coin qui méritent autant d’attention que les plus courues de la Bavière.

Laisser un commentaire