Le service et la dégustation de la Chicha Quechua

Cet article est le cinquième de notre série qui vise à prouver que la chicha, plus spécifiquement celle de la région de Cochabamba en Bolivie, mérite d’être acceptée parmi les styles de bière reconnus par le reste de la planète brassicole. 

Cette minuscule chicheria contient deux tables… mais on peut y boire une excellente bière traditionnelle

Lorsque la brasseuse juge sa chicha prête, elle fait face à deux choix: tout d’abord, la mettre en barriques de bois, faites d’ochoo, et la faire transporter vers les chicherias qui la serviront. Mais dans plusieurs cas, la dame possède ce qu’on appellerait un salon de dégustation. Cette dernière est donc propriétaire d’un « brouepub », si vous nous permettez l’utilisation de ce terme moderne occidental.

Dans les deux cas, la distance à franchir est minime. Quelques mètres, ou quelques pas. La chicha au moment du service est transvidée dans une énorme jarre de terre cuite. À l’aide d’une grande cuillère, la serveuse transférera le liquide tant convoité vers un pichet de plastique ou de terre cuite. Le client se sert une portion ensuite dans un petit bol qui est en réalité la coquille d’un fruit réservé aux animaux: le tutuma. Le premier geste à poser, après avoir remercié la brasseuse bien sûr, est de laisser couler une petite gorgée de chicha par terre. Ce geste symbolique honore Pachamama, ou Mère Nature. Ensuite, on peut finalement goûter. Idéalement, il faudrait en prendre une très grande gorgée. Mais bon, puisque notre plaisir est de déguster, nous découvrons rapidement que la Chicha Quechua est fruitée, acidulée, sèche et très peu gazéifiée. Son acidité lactique et citrique développe souvent des notes d’ananas, d’agrumes, de fruits tropicaux bref. Et n’ayez crainte, il n’y a aucune note de maïs sucré comme dans certaines lagers de géantes de l’industrie brassicole…

La buvabilité de cette chicha est grande. Très grande. Pas très surprenant qu’une grande quantité d’hommes fréquentant les chicherias en ressortent affaiblis ou carrément saoûls. Faut en boire beaucoup et vite à 3-4% d’alcool pour se brûler de cette façon.

Alberto ici mâche des feuilles de coca, ce qui tend à engourdir la langue un peu, tout en rajoutant une saveur de feuille verte à la chicha… un peu à la manière du houblon?

En guise de conclusion à cette série d’articles sur la Chicha Quechua, nous vous suggérons fortement de visiter les bourgades de Totora, Epizana, Punata et Tarata, toutes à l’est ou au sud de la grande ville de Cochabamba. Ce sont les meilleurs villes et villages où déguster de la chicha traditionnelle en Bolivie; chaque endroit possède plusieurs chicherias.

S’agit de rester aux aguets et de chercher les drapeaux blancs pendouillant au-dessus de la rue. Parfois, ce sont des losanges rouges décoratifs qui pointent vers la chicheria. Dans tous les cas, ces signes font référence au fait que de la chicha est servie à l’intérieur du bâtiment d’où part la pôle symbolique. Impossible de vous proposer des adresses cependant. C’est qu’il n’y a que peu d’adresses sur les portes des bâtiments dans les hautes vallées de Cochabamba…

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