La saga des bières oubliées de la Norvège – Présentation

Vous connaissez les termes brassicoles que sont Stjørdalsøl, Maltøl et Vossaøl? N’ayez crainte, le reste de la planète non plus. Mais pourquoi donc? Ces termes font pourtant partie intégrante de l’histoire norvégienne, un pays d’ailleurs enivré par ses traditions reliées aux temps des Fêtes. Et qu’est-ce qu’on servait à boire à Noël dans un très grand nombre de familles norvégiennes afin de célébrer ce moment de réjouissance? De la bière. De la bière confectionnée à la maison selon des recettes familiales. Grand-papa brassait. Les oncles brassaient. Bref, toute bonne ferme qui se respectait — et il y en avait des milliers — brassait de la bière à partager avec les convives.

Mais le temps des Fêtes n’était pas le seul moment important pour lequel l’homme de la maison pouvait brasser. Un mariage, une naissance, le temps des foins, des funérailles même. La bière maison était ancrée dans les moeurs de la famille norvégienne à un tel point qu’elle apparaissait dans maintes cérémonies.  Dans « Brewing and Beer Traditions in Norway », écrit par Odd Nordland en 1969, on peut lire par exemple qu’une personne mourante s’assurait d’avoir du malt maison prêt à brasser afin qu’une bière puisse être servie à ses funérailles. Si ce n’est pas là la preuve de l’importance capitale de la bière sur les fermes de la Norvège d’antan…

C’est donc en lisant cet ouvrage capital de Nordland, le seul d’ailleurs relatant des traditions brassicoles de la Norvège avec autant de rigueur et de minutie, que nous avons entrepris d’enquêter sur ce phénomène d’apparence disparu dans ce pays scandinave. Après tout, nulle part dans la littérature du milieu peut-on en apprendre sur la Stjørdalsøl, la Maltøl, la Vossaøl et autres termes que Nordland utilise à maintes reprises pour décrire les différences régionales entre une bière traditionnelle et une autre. Le tout a commencé par un courriel envoyé à Lars Marius Garshol, Norvégien passionné de bières traditionnelles, qui a suivi nos traces en Lituanie. La première conversation non lituanienne que nous avons eue avec lui peut se résumer par ceci:

Votre humble serviteur: « Lars, tu es au courant de ces bières traditionnelles qui étaient jadis brassées sur les fermes de ton pays?

Lars Marius: « Oui, mon grand-père en brassait même. Mais ce sont malheureusement des traditions perdues. Partir à la recherche de telles bières aujourd’hui serait aussi utile qu’aller à la chasse aux licornes roses. »

Votre humble serviteur: « Dommage… et vraiment surprenant… »

— 2 semaines plus tard —

Moi: « Mon cher Lars Marius, j’ai quelque chose de potentiellement très intéressant à partager avec toi. »

Lars Marius: « Quoi donc? »

Moi: « J’ai trouvé deux licornes roses… :)))  »

Tout ça, c’était il y a neuf mois. S’ensuivit plusieurs mois de recherches, d’appels, de perches tendues, de demandes refusées et d’invitations fort surprenantes. Il faut comprendre que ces bières traditionnelles étaient brassées à la maison seulement. En un sens, cette chasse aux bières oubliées de la Norvège devait se faire en cherchant des brasseurs maison et non des brasseurs commerciaux. Beaucoup plus difficile que nos recherches en Lituanie, par exemple, puisque nos cibles ne se trouvaient pas dans des listes d’entreprises fournies par le gouvernement du pays. Il n’y existe aucun registre de gens qui possèdent et utilisent de l’équipement pour brasser de la bière traditionnelle à la maison. Mais, éventuellement, de plus en plus de licornes se matérialisèrent. Lars Marius et moi nous sentions comme de véritables détectives de la broue.

Mais pourquoi est-ce qu’aucune brasserie commerciale de la Norvège n’essaie de faire perdurer ces traditions brassicoles aux allures si particulières? Pourquoi les excellentes Nøgne Ø et Haandbryggeriet, pour ne nommer que celles-là, ne se vantent pas d’avoir une Stjørdalsøl dans leur portfolio? Pourquoi est-ce que le livre de Nordland fait part de tant de méthodes de brassage et de saveurs si particulières qu’aucune brasserie norvégienne en profite? Et pourquoi aucun brasseur traditionnel n’essaie de vendre sa bière commercialement? Trop de questions mystifiantes, de notre pointe de vue néophyte, pour que nous n’enquêtions pas. C’est alors qu’un périple d’un peu plus d’une semaine fût planifié pour le printemps.

Après de nombreuses lectures et quantité de questions posées à nos premières ‘licornes roses’, nous avons établi que nous devrions chercher dans les environs de Voss, de Stranda et de Stjørdal. C’est là que nous trouverions des brasseurs aromatisant leur eau avec des branches de genévrier, d’autres qui fermentent leur bière avec du kveik — une souche de levures mystérieusement puissante — et d’autres qui maltaient leur orge eux-mêmes, le séchant avec la fumée du bois d’aulne. Le tout, dans des conditions fabuleusement rustiques.

Ce périple d’enquête sur les bières oubliées de la Norvège allait commencer de façon on ne peut plus spectaculaire. Nous brasserions une bière traditionnelle de A à Z chez un homme de Bulken, près de Voss. Dans un chaudron en cuivre du 17e siècle, chauffé au bois. Utilisant des branches de genévrier pour aromatiser l’eau. Et fermentant avec cette curieuse souche locale appelée ‘kveik’. Le jackpot, quoi. La séance allait commencer à 17h et durer jusqu’à minuit… puis recommencerait le lendemain matin à 6h pour finalement se terminer vers 16h. Soudainement, ces directives de Sigmund créèrent chez nous encore plus de questions que nous avions avant le début de nos recherches… Patience, Sherlock, patience…

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