La cupcake-isation de la bière

Une Gose au melon d’eau? Pas fou comme idée. Sauf quand une brasserie tente de camoufler sa bière de base puant l’acétone avec le jus de fruits en question

Introduction:
À bas la Kölsch aux ananas

L’été dernier, nous sommes passés par la brasserie J.Wakefield, jeune coqueluche de la scène floridienne. Cette entreprise fondée en grande partie par du sociofinancement local propose une panoplie de déclinaisons sur ses bières de base. Le même concept que celui de la brasserie Cigar City que nous vous avions décrite il y a quelques années. Le jour de notre passage, nous avons eu ‘la chance’ de déguster une Kölsch aux ananas et une Kotbusser à l’orange et à l’hibiscus. Deux versions offrant des profils de saveurs diamétralement opposés à ceux propres à ces styles traditionnels peu connus des Nord-Américains.

Grâce à sa fougue, la toute jeune J.Wakefield Brewing s’est déjà envolée vers le panthéon des brasseurs les plus populaires du sud-est des États-Unis

Même plusieurs bièrophiles ayant lu et voyagé quelque peu ne peuvent expliquer à leurs amis les accompagnant ce que sont une véritable Kölsch ou une Kotbusser. Imaginez alors ce que le client moyen retient de cette expérience gustative chez Wakefield. Offrir des versions truffées d’adjuvants plus ou moins harmonieux avec le style traditionnel de base ne sert en rien à l’éducation du consommateur, tout en nuisant à la pérennité de ces termes traditionnels aux sens bien précis. Mais la cerise sur le sundae demeure que la cupcake-isation de la bière est bel et bien une réalité. Et elle cogne à notre porte.

Qu’est-ce que la cupcake-isation de la bière? C’est tout simplement le penchant farfelu et moderne qui amène plusieurs brasseries du Nouveau Monde à concocter des traitements exagérément multiples sur leurs bières de base. Au diable l’harmonie gustative; l’objectif est de décorer sa bière du plus grand nombre de glaçages et de couleurs possibles afin de faire parler d’elle davantage.

Une IPA qui goûte le popsicle à l’orange? Vraiment? 

Outre l’absurdité de façonner une bière toute délicate afin de lui balancer une dose de fruits qui va ensevelir toute la minutie du travail initial, il se trouve que de nommer cette création « Kölsch », alors que rien de ses arômes et de ses saveurs ne rappelle le style en question, dénature l’appellation et désinforme la population grandissante qui s’intéresse de plus en plus aux traditions brassicoles du monde. Mais la brasserie Wakefield a obtenu des milliers de dollars de cette population sud-floridienne qui connaissait très bien le style du brasseur iconoclaste. Leur campagne de sociofinancement a même pulvérisé le record américain précédent dans la catégorie « bière ». Et si on observe les situations similaires existant ailleurs dans le Nouveau Monde, nous devons admettre que c’est une méthode de travail désirée par de plus en plus d’amateurs de bières de microbrasserie. Pas seulement par des Floridiens en manque d’exotisme.

Dans la deuxième partie de cette série d’articles sur le phénomène grandissant que nous appelons la « cupcake-isation de la bière », nous vous admettons que, dans le fond, il y a de nombreux avantages à se lancer dans cette aventure. Autant pour l’entreprise brassicole que pour le dégustateur épicurien. Mais on doit suivre certaines règles au risque de paraître… comme des beignes.

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