Sur les traces de la Koduõlu – Présentation

DE LA BIÈRE ENTOURÉE D’ÎLES

S’approcher des îles de l’ouest de l’Estonie en bateau et voir quelques fermes poindre à l’horizon à travers la brume matinale… C’est comme cela qu’on se sent, tout le temps, lorsqu’on commence à faire des recherches pour mieux connaître la bière traditionnelle qui est produite là-bas : la Koduõlu. On a l’impression que l’information est là, tout près, mais on peine à la déchiffrer. Puis un nuage bas s’écrase sur le paysage et on ne voit plus rien…

Une scène très commune lorsqu'on se promène dans l'ouest estonien.

Pourquoi ce style de bière fermière est si peu connu du reste du monde brassicole en cette époque où tout l’Occident – et même certaines cultures asiatiques, africaines et sud-américaines – se gave d’histoire brassicole? Pire que ça, pourquoi si peu de gens œuvrant dans des bars de spécialité à Tallinn, la capitale estonienne, peuvent répondre à des questions sur une tradition brassicole de leur propre pays?

Après nos découvertes des dernières années en Lituanie, dans deux régions différentes de Norvège et en Bolivie, la confiance quant à la découverte d’un style unique était somme toute plus élevée que jamais. C’est alors qu’en décembre dernier, soit 9 mois avant le jour fatidique du départ, mon ami chercheur Lars Marius Garshol et moi commencions à faire des recherches sérieuses sur la scène brassicole obscure de l’île de Saaremaa, à l’ouest des terres estoniennes. Ce que nous allions trouver allait dépasser, encore une fois, nos attentes.

LES PREMIERS OBSTACLES

Quelques premières perches lancées nous ont rapidement fait réaliser que nous allions avoir besoin d’interprètes. Rien de surprenant à ce niveau. La langue seconde des fermiers estoniens est le russe. Et comme la langue maternelle est l’estonien, une langue de la complexe famille finno-ougrienne, nous savions que nous devions nous rabattre sur le russe. Nous avons donc fait appel à un ami rencontré en Lituanie en 2012 : Martynas Savickis, de Tikras Alus; un autre passionné de bières traditionnelles. Maîtrisant le russe, il pourrait alors converser avec ces fermiers si notre interprète/traducteur du jour – parce qu’il y en aura plusieurs – ne pouvait pas faire le travail adéquatement. Restait maintenant à essayer de se faire inviter chez ces fermiers…

Parce que le défi principal dans cette enquête sur la Koduõlu se résume par le fait que ce style de bière n’est pas disponible dans les magasins. Il n’est que très rarement disponible dans des pubs en plus. Cette bière n’est servie que sur les fermes et ce, lors d’occasions spéciales: les célébrations du début de l’été, Noël, les mariages, etc.

Un des rares restaurants à servir de la Koduõlu commercialement: le Moulin de Saaremaa, à Kuressaare

S’ensuivirent une série de courriels et d’appels téléphoniques vers des gens de divers organismes – offices de tourisme, auberges, restaurants, musées, bars, etc. – afin de trouver de l’aide pour localiser, et convaincre, les meilleurs brasseurs de l’île de Saaremaa à nous inviter chez eux afin de les interviewer. Et peut-être même leur soutirer une pinte ou deux de leur précieuse Koduõlu…

Neuf mois plus tard, c’est avec de nombreux rendez-vous en poche que nous avons pris le traversier de Virtsu à Kuivatsu, afin d’atteindre l’île de Muhu : la porte d’entrée des îles de l’ouest. Parce que nous avions appris une chose merveilleuse avant de partir : il y a de la bière traditionnelle sur d’autres îles que Saaremaa! Hiiumaa et Muhu, deux îles voisines de la plus grande Saaremaa, étaient supposées abriter plusieurs brasseurs également. Mieux que ça, un d’entre eux nous a même invité à brasser avec lui…

Paavo Pruul, brasseur traditionnel de la Pruulikoda, sur l'île de Hiiumaa

La semaine prochaine, je vous fais un portrait d’une dizaine de brasseurs traditionnels de ces îles. Vous ferez alors connaissance avec les acteurs principaux de cette scène brassicole méconnue mais pleine de personnalité!

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